vendredi 29 août 2014

23 Août 1914 – 07H00


En Belgique — . La situation reste sensiblement la même. Le mouvement des forces allemandes continue vers l’Ouest, précédé par des forces de cavaleries éclairant dans la même direction de Gand d’une part et de la frontière française de l’autre. L’armée belge est prête dans le camp retranché d’Anvers.

Dans la Woëvre — . La situation n’est pas modifiée.

En Lorraine — . L’offensive allemande qui avait répondu à notre attaque, a continué pendant la journée d’hier et a été arrêtée aujourd’hui. Il ne s’est produit aucune attaque contre la position désignée sous le nom de Grande Couronne de Nancy. Des engagements ont eu lieu sur les hauteurs, au Nord de Lunéville. On a l’impression que dans les actions, l’attaque des Allemands a été molle. Il est certain que si nos pertes, au cours de ces trois journées, ont été sérieuses, celles des Allemands le sont également.

22 Août 1914


Les Opérations en Lorraine et en Alsace — . Nous avons annoncé hier, d’après des dépêches sommaires, que nos troupes d’Alsace avaient réoccupé Mulhouse et que nos troupes de Lorraine, devant un ennemi supérieur en nombre, s’étaient repliées. Voici le détail de ces deux opérations :

En Lorraine, nos troupes se replient, on sait qu’après avoir reconquis la frontière, nos troupes s’étaient avancées jusqu’en Lorraine et sur tout le front du Donon jusqu’à Château-Salins. Elles avaient refoulé jusqu’à la région des étangs des troupes allemandes et nos avant-gardes avaient atteint Delme, Dieze et Morhange. Dans la journée d’hier, plusieurs corps d’armée allemandes ont engagé sur tout le front, une rigoureuse contre-attaque. Nos avant-gardes s’étaient retirées sur le gros. Le combat a commencé extrêmement vif de part et d’autre. En raison de la supériorité numérique de l’ennemi, nos troupes qui se battaient, depuis 6 jours, sans interruption, ont été ramenées en arrière. Notre gauche couvre les ouvrages avancés de Nancy ; notre droite est solidement installée sur les rives de Donon. L’importance des forces ennemies engagées ne nous eût permis de nous maintenir en Lorraine qu’au prix d’une imprudence inutile.

Le succès français en Alsace — . Les détails arrivés aujourd’hui sur l’occupation de Mulhouse montrent que nos troupes ont trouvé un gros succès.
L’offensive d’abord sur le front de Thann et Dannemarie et ensuite sur Mulhouse a été menée avec une extrême vigueur par un mouvement audacieux.
Le Général Pau, une fois maître de Thann et de Dannemarie a poussé ses troupes à l’Ouest de Mulhouse. En même temps que notre droite se portait sur Altkirch, notre gauche s’est avancée dans la direction de l’ennemi.LLes Allemands ont d’abord été contraints d’accepter le combat qui a été des plus chauds ; dans un faubourg de Mulhouse, à Donnoch, notre infanterie a enlevé à la baïonnette 24 canons et fait plusieurs milliers de prisonniers. La lutte s’est poursuivie dans les rues de maison en maison. Les pertes allemandes sont énormes. Continuant son succès, une partie de notre armée a occupé Mulhouse tandis que le reste se rabattait sur Altkirch et forçait les Allemands à se replier sur le Rhin qu’ils ont repassé en désordre. Ainsi est atteint le but initialement fixé à nos troupes dans la Haute-Alsace : le rejet des forces allemandes sur la rive droite du Rhin.

En Belgique — . Le mouvement de retraite de l’armée belge a continué sans incident. Des forces de cavaleries allemandes ont traversé Bruxelles et se dirigent vers l’Ouest.Elles ont été suivies par un corps d’armée.  La ville a été frappée d’une contribution de guerre de 200 millions de francs. Namur a été particulièrement investi et le feu de l’artillerie lourde a été ouvert vers midi. Le mouvement vers l’Ouest des colonies allemandes continue sur les deux rives de la Meuse en dehors du rayon d’action de Namur.

21 Août 1914 – 07H00


En Alsace, nos troupes ont remporté un brillant succès particulièrement entre Mulhouse et Altkirch. Les Allemands sont en retraite sur le Rhin et ont laissé entre nos mains de nombreux prisonniers; 24 canons ont été pris dont 6 au cours de la lutte par notre infanterie.

En Lorraine, la journée d’hier a été moins heureuse que les précédentes : nos avant-gardes se sont heurtées à des positions très fortes et ont été ramenées par une contre-attaque sur le gros de nos forces qui sont solidement établies sur la Seille et le canal de la Marne au Rhin.

En Belgique, la cavalerie allemande a occupé Bruxelles. D’importantes colonnes poursuivent leur mouvement de ce côté. L’armée belge se retire sur Anvers sans avoir accroché l’ennemi.

20 Août 1914 – 17H35


Le Pape est mort ce matin à 01H35.

En Alsace, notre situation est toujours la même. Aux cols des Vosges, nous avons occupé Guebviller. Après un combat très vif, nous avons enlevé à la baïonnette un des faubourgs de Mulhouse; 6 canons et 6 caissons sont restés entre nos mains. Mulhouse a été réoccupé par nous.

En Lorraine, notre ligne s’étend de la région au Nord de Sarrebourg en passant par Morhange jusqu’à Delme.

En Luxembourg et en Belgique, même situation.

Opérations russes — . Un combat important a été livré hier à Stallaponsin (11 kms à l’Ouest de Jadumen). La 1° division allemande d’infanterie s’est retirée après avoir subi des pertes considérables et en laissant entre les mains des Russes 8 canons et 2 mitrailleuses. À 100 kms  de Praga, autour de Varsovie, il n’y a plus aucune cavalerie allemande. Entre Kielge et Durno, sur la frontière de Galicie, plusieurs tentatives de cavalerie autrichienne ont été repoussées. La communication par voie ferrée entre Varsovie et Kiebra est rétablie.

En Podolie, à hauteur de Proseuroro, une division autrichienne a été repoussée après un combat acharné.

L’offensive russe est générale sur toute la ligne.

20 Août 1914 – 09H30


Situation sans grand changement en Alsace-.  Toutefois dans la Haute-Alsace nous avons continué à progresser.
Dans les Vosges, les Allemands ont repris le village de Viller où nous avions une avant-garde.
Nos troupes débouchent sur la Seille. Elles occupent Château-Salins et Dieuze, mais la progression est forcément très lente devant les organisations fortifiées et solidement tenues.
On signale une arrivée de cavalerie, heureuse pour nos armées à Floranville en Belgique.
On annonce que des forces allemandes très importantes franchissent la Meuse entre Liège de Namur.
Dernière heure.- L’armée française a atteint Morhange. Nous avons progressé rapidement l’après-midi au-delà de la ville dans la partie centrale. Enfin, nous atteignons Delme d’un côté, et Morhange de l’autre.

19 Août – 7H00 matin


Le ministre de la Guerre a reçu du commandement le télégramme suivant. Grand quartier général des Armées de l’Est – 18 août 1914, 09H15. — Pendant la journée d’hier 17 août nous n’avons cessé de progresser en Haute-Alsace, la retraite de l’ennemi s’effectue de ce côté en désordre, il abandonne partout des blessés et du matériel. La majeure partie des armées des Vosges est sur le versant de l’Alsace d’où nous atteindrons bientôt la plaine au sud de Sarrebourg.
L’ennemi avait organisé devant nous une position fortifiée solidement tenue avec une artillerie lourde. Les Allemands se sont repliés précipitamment dans l’après-midi. Actuellement, notre cavalerie les poursuit.
Nous avons d’autre part occupé toute la région des étangs jusque vers l’Ouest de Fénétrange, nos troupes débouchent de la Seille, dont une partie des passages ont été évacués par les Allemands.
Notre cavalerie est à Château-Salins.

Dans toutes les actions engagées au cours de ces dernières journées en Alsace Lorraine, les Allemands ont subi des pertes énormes; notre artillerie a des effets démoralisants pour l’adversaire. D’une façon générale, nous avons donc obtenu au cours de ces journées des succès importants qui font honneur à la troupe et aux chefs qui la conduisent (Joffre).

Le ministre de la Guerre a chargé un capitaine de chasseurs à pied de présenter au Président de la République le drapeau qui a été pris au 132° régiment allemand par le 10° chasseur à pied. En recevant le drapeau ennemi M. Poincaré a dit : combien il était heureux, lui ancien capitaine de chasseurs à pied, que ce fut des chasseurs qui eussent enlevé le 1° drapeau à l’ennemi. Il a adressé des félicitations très vives à tous ses anciens camarades. Le drapeau a été mis, ce matin, à 08H30, à une compagnie de garde-républicaine qui l’a mis aux Invalides.

17 Août 1914 – 18H00


Sur le front. — Notre progression a continué à se développer ; nos troupes ont enlevé les hauteurs du Nord de la frontière; leur ligne pousse jusqu’à Alreschiller, Lorquin, Alondanse, Marsalle. Dans la région de Dornon, nous occupons Schirmeck à  12 kilomètres en aval de Jaals (?). Le nombre des canons de campagne pris sur ce point est non pas de 4, mais de 12 en plus de 12 caissons et de 8 mitrailleuses.

Notre cavalerie a poussé jusqu’à Ludzslhauzen et Mulbach; plus au Sud, nous avons occupé les villes; à l’Est  du col d’Urbeis, sur la route de Scheestadt et Ste-Croix-aux-Mines. Il a été pris de l’artillerie lourde de campagne. En Alsace, nous sommes fortement appuyés à la ligne Thann, Cernay et Donnemairie.

Le premier drapeau enlevé aux Allemands a été remis aujourd’hui au ministre de la Guerre. Au cours des opérations engagées dans la Haute Alsace, nos troupes ont enlevé un drapeau  allemand. Ce drapeau est celui du 132° d’Infanterie, il a été  pris à St-Blaise par le 10° bataillon de chasseurs à pied. Il a été apporté au ministre de la Guerre par le Colonel Sarret, hier encore, notre attaché militaire en Allemagne. Le drapeau sera transféré aux Invalides.

Rappelons que c’est le 10° chasseurs à pied qui à Solferino a pris un drapeau autrichien et a fait décorer le drapeau des chasseurs à pied.

Le ministre de la Guerre, lui même, ancien capitaine de chasseurs à pied a adressé immédiatement, par dépêche, ses félicitations aux officiers et aux chasseurs à pied du 10° bataillon.

La sauvagerie allemande. —  À Blamont, les Allemands ont, sans aucune raison et sans avoir été provoqués, mis à mort 3 personnes, dont une jeune fille et un vieillard de 86 ans : M. Barthélémy, ancien maire de Blamont.