En Belgique. — À l’Ouest de la Meuse,
par la suite des ordres donnés avant hier, par le General en chef les troupes
qui doivent demeurer sur la ligne de la couverture pour y prendre une attitude
définitive se sont massées de la manière suivante : les troupes
franco-anglaises occupent une ligne de front passant par le voisinage de Givet ;
elles ont gagné le front en combattant et en tenant en respect leur adversaire
dont l’offensive a été nettement arrêtée.
À l’Est de la Meuse, sur ce front
aussi, par ordre du General en chef, nos troupes ont regagné leurs emplacements
de départ en maîtrisant les débouchés des Ardennes.
Plus à droite, nous avons pris une
vigoureuse offensive en faisant reculer l’ennemi. Mais le General Joffre a
arrêté la poursuite pour rétablir les lignes qu’il avait assignées avant-hier,
le front de combat. Dans cette offensive nos troupes ont fait subir à l’ennemi
du côté de Virton des pertes considérables.
En Lorraine — . Deux armées ont pris
une offensive combinée, l’une partant de la Couronne de Nancy, l’autre au sud
de Lunéville. La bataille commencée hier continue. Au moment où nous
communiquons ce résultat, on n’entend plus le canon comme on l’entendait hier
aux environs de Nancy.
Le 19° corps, depuis la dernière
affaire, fortement éprouvé avait été replié en arrière et s’était
reconstitué : il faisait partie des deux armées combinées et a exécuté une
contre-attaque très brillante.
Dans la vallée de Vesoul, l’attitude
des troupes a été très brillante et montre qu’il ne reste aucun souvenir de la
surprise du 20 août.
En Haute-Alsace — . Le General en chef
qui avait fait appel à toutes les troupes pour faire face sur la Meuse, a donné
l’ordre d’évacuer progressivement le pays occupé.
Mulhouse a été de nouveau évacué.
La grande bataille est engagée entre
Maubeuge est le Donon. C’est d’elle que dépend le sort de la France et de
l’Alsace. Avec elle se joue la grosse partie. C’est là que le General en chef
appelle toutes les forces de la nation pour l’attaque décisive. L’action
militaire entreprise dans la vallée du Rhin, en distrairaient les troupes dont
dépend peut-être la victoire. Il leur faut donc quitter momentanément l’Alsace
pour lui assurer la délivrance définitive, quel que soit leur chagrin de
n’avoir pu la soustraire déjà à la barbarie allemande. C’est une cruelle
nécessité que l’armée d’Alsace a eu peine à subir et à laquelle elle ne s’est
soumise qu’à la dernière extrémité.
Dans le Nord — . Des parties de
cavalerie s’étaient montrées avant-hier dans les régions de Lille, Roubaix,
Tourcoing, et sont apparues hier dans la région de Douai. Cette cavalerie ne
peut avancer davantage qu’en s’exposant à tomber dans les lignes anglaises et
françaises.
Situation générale — . Malgré les
énormes fatigues imposées par trois jours consécutifs de combat et les pertes
subies, le moral des troupes est excellent. Elles ne demandent qu’à combattre.
Dans la journée d’hier, le fait saillant fut la rencontre formidable des
tirailleurs algériens et sénégalais avec la troupe réputée de la garde
prussienne. Sur cette troupe solide, nos soldats africains se sont jetés avec une
inexprimable furie. La garde a été éprouvée dans un combat qui dégénérait en
corps à corps.
L’oncle de l’Empereur, le General Prince
Aldeberg a été tué. Son corps a été transporté à Charleroi.
Notre armée calme et résolue
continuera son magnifique effort. Elle sait le prix de cet effort. La France
tout entière la suit des yeux. Elle, aussi calme et forte, sachant que tous ses
fils supportent seuls pour le moment avec l’héroïque armée belge qui, hier, a
repris Malines, et la vigoureuse armée anglaise, le poids d’un combat sans
précédent par l’acharnement et la durée.
Pendant ce temps, Les Russes envahissent
l’Allemagne.