RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Français
Depuis plusieurs semaines, des combats
acharnés mettent aux prises nos troupes héroïques et l’armée ennemie. La
vaillance de nos soldats leur a valu sur plusieurs points des avantages
marqués. Mais, au Nord, la poussée des forces allemandes nous a contraints à
nous replier. Cette situation impose au Président de la République et au
gouvernement une décision douloureuse. Pour veiller au salut national, les
pouvoirs publics ont le devoir de s’éloigner, pour l’instant, de la ville de
Paris. Sous le commandement d’un chef éminent, une armée française pleine de
courage et d’entrain défendra contre l’envahisseur la Capitale et sa
patriotique population. Mais la guerre doit se poursuivre en même temps sur le
reste du territoire. Sans paix ni trêve, sans arrête ni défaillance, continuera
la lutte sacrée pour l’honneur de la Nation et pour la réparation du droit
volé. Aucune de nos armées n’est entamée si quelques-unes d’entre elles ont
subi des pertes trop sensibles, les vides ont été immédiatement comblés par les
dépôts et l’appel des réserves nous assure pour demain des nouvelles ressources
en hommes et en énergie.
Durer et combattre, tel doit être le
mot d’ordre des armées alliées ; anglaise, russe, belge et française.
Durer et combattre pendant que sur
mer, les Anglais nous aident à couper les communications de nos ennemis avec le
monde.
Durer et combattre, pendant que les
Russes continuent à s’avancer pour porter au cœur de l’Empire d’Allemagne le
coup décisif.
C’est au gouvernement de la République
qu’il appartient de diriger cette résistance opiniâtre.
Partout pour l’indépendance, les
Français se lèveront. Mais pour donner à cette lutte formidable tout son élan
et toute son efficacité, il est indispensable que le gouvernement demeure libre
d’agir. A la demande de l’autorité militaire, le gouvernement transporte donc
momentanément sa résidence sur un point de territoire d’où il puisse rester en
relation constante avec l’ensemble du pays. Il invite les membres du Parlement
à ne pas se tenir éloignés de lui pour pouvoir former, devant l’ennemi, avec le
gouvernement et avec leurs collègues le faisceau de l’unité nationale. Le
gouvernement ne quitte Paris qu’après avoir assuré la défense de la ville et du
camp retranché par tous les moyens en son pouvoir. Il sait qu’il n’a pas besoin
de recommander à l’admirable population parisienne le calme, la résolution et
le sang-froid. Elle montre tous les jours qu’elle est à la hauteur des plus
grands devoirs.
Français,
Soyons dignes de ces tragiques
circonstances. Nous l’obtiendrons par la volonté inlassable, par l’endurance et
par la ténacité. Une Nation sure ne veut pas périr et qui pour vivre ne recule
ni devant la souffrance, ni devant le sacrifice, est sûre de vaincre.
Le Président
Le Président
Du conseil des Ministres
De la République
René Viviani
Raymond Poincaré
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