mercredi 3 septembre 2014

3 Septembre 1914


RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Français

Depuis plusieurs semaines, des combats acharnés mettent aux prises nos troupes héroïques et l’armée ennemie. La vaillance de nos soldats leur a valu sur plusieurs points des avantages marqués. Mais, au Nord, la poussée des forces allemandes nous a contraints à nous replier. Cette situation impose au Président de la République et au gouvernement une décision douloureuse. Pour veiller au salut national, les pouvoirs publics ont le devoir de s’éloigner, pour l’instant, de la ville de Paris. Sous le commandement d’un chef éminent, une armée française pleine de courage et d’entrain défendra contre l’envahisseur la Capitale et sa patriotique population. Mais la guerre doit se poursuivre en même temps sur le reste du territoire. Sans paix ni trêve, sans arrête ni défaillance, continuera la lutte sacrée pour l’honneur de la Nation et pour la réparation du droit volé. Aucune de nos armées n’est entamée si quelques-unes d’entre elles ont subi des pertes trop sensibles, les vides ont été immédiatement comblés par les dépôts et l’appel des réserves nous assure pour demain des nouvelles ressources en hommes et en énergie.
Durer et combattre, tel doit être le mot d’ordre des armées alliées ; anglaise, russe, belge et française.
Durer et combattre pendant que sur mer, les Anglais nous aident à couper les communications de nos ennemis avec le monde.
Durer et combattre, pendant que les Russes continuent à s’avancer pour porter au cœur de l’Empire d’Allemagne le coup décisif.
C’est au gouvernement de la République qu’il appartient de diriger cette résistance opiniâtre.
Partout pour l’indépendance, les Français se lèveront. Mais pour donner à cette lutte formidable tout son élan et toute son efficacité, il est indispensable que le gouvernement demeure libre d’agir. A la demande de l’autorité militaire, le gouvernement transporte donc momentanément sa résidence sur un point de territoire d’où il puisse rester en relation constante avec l’ensemble du pays. Il invite les membres du Parlement à ne pas se tenir éloignés de lui pour pouvoir former, devant l’ennemi, avec le gouvernement et avec leurs collègues le faisceau de l’unité nationale. Le gouvernement ne quitte Paris qu’après avoir assuré la défense de la ville et du camp retranché par tous les moyens en son pouvoir. Il sait qu’il n’a pas besoin de recommander à l’admirable population parisienne le calme, la résolution et le sang-froid. Elle montre tous les jours qu’elle est à la hauteur des plus grands devoirs.

Français,
Soyons dignes de ces tragiques circonstances. Nous l’obtiendrons par la volonté inlassable, par l’endurance et par la ténacité. Une Nation sure ne veut pas périr et qui pour vivre ne recule ni devant la souffrance, ni devant le sacrifice, est sûre de vaincre.

Le Président

Le Président
Du conseil des Ministres

De la République
René Viviani

Raymond Poincaré

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